Comme toute la planète le sais, il y a eu un horrible carnage vendredi dernier. Ça s'est passé dans une école élémentaire, soit une école maternelle, à Newtown (Neuville ?), Connecticut, juste au nord de Long Island, la grand île sur laquelle se trouve une bonne partie de New York City. Un tireur fou a donc pénétré dans l'école et a froidement assassiné des enfants ayant à peine huit ou neuf ans, leurs professeurs, une infirmière et le principal, si mes souvenirs sont bons. Cet évènement a relancé le débat sur la régulation et la possession d'armes aux États-Unis, une promesse de campagne d'Obama. Le président étant lui-même père de deux adolescentes a eu la larme à l'oeil lors de son discours en réaction à la tuerie.
Vu d'Europe, cet horrible évènement n'est que le suivant sur une liste d'horribles et fréquents crimes de la sorte commis aux États-Unis. Les auteurs sont souvent voire toujours des fous furieux, solitaires, isolés, au passé trouble et à la situation compliquée. Que ce soit dans un cinéma, un temple Sikh ou une école maternelle, ils sortent leurs guns et tirent à tout va. Il y aurait plusieurs raisons à cela. Est-ce la régulation des armes, le traitement des malades mentaux ou la glorification de la violence qu'il faut pointer du doigt ? Tout ça à la fois ? Je n'en sais probablement rien mais en quatre mois ici dans le Delaware, j'ai eu l'occasion d'en apprendre plus sur ce pays qui a tant souffert de tarés armés. Vu d'Europe, ce nouvel évènement à placer au bas de cette longue liste peut faire penser que les États-Unis sont un pays violent, dangereux, voire arriéré. Et tant pis si on bute des lycéens en Norvège ou à Toulouse.
Vu des États-Unis, évidemment, c'est tout différent, et la culture américaine au niveau des armes prend tout son sens. Comme j'ai pu l'entendre aujourd'hui même en classe, «Les armes font partie de la culture américaine», et c'est tout à fait vrai, évidemment, et les armes font aussi partie de la culture européenne, française, allemande, polonaise, peu importe, mais c'est le rapport aux armes qui ici change énormément. Et ce que cet élève a voulu dire, c'est qu'ici, aux États-Unis, les armes sont importantes et très présentes. Il y en aurait plus de trois-cent millions en circulation, soit près d'une arme pour chaque citoyen. Alors qu'en Europe, les armes font partie d'un monde presque parallèle, répugnant et sous-développé, souvent associé consciemment ou pas avec les horribles guerres qui ont ravagé notre beau continent, ici en Amérique, les armes sont considérées par la plupart comme un garant matériel de la liberté chèrement acquise par la force même des armes. Comme je l'expliquais sur facebook ce weekend, sans en faire un éloge ou une critique, les armes ici sont vues différemment, je me répète : «Petite clarification à propos des américains et de leur rapport aux armes : il faut savoir que si la garantie du port d'arme arrive en second amendement, dans la constitution, juste après la garantie de liberté d'expression, c'est bien qu'il y a une raison. Il faut se replacer dans le contexte historique. À cette époque (fin du XVIIIe siècle), en Europe, seuls les armées et les représentants de la loi possédaient des armes. Les civils en étaient pour la plupart dépourvus, de même que du droit à la propriété privée et aux droits individuels, comme ils disent ici. Pour les américains, c'était donc et reste encore un droit très important qui marque l'idée de liberté vis-à-vis de l'État. Libre entreprise, libre propriété... Et port d'arme pour la défendre. Symboliquement, ça marque le fait que il n'y a pas que l'armée qui a la "puissance de feu", ce qui renforce encore cette idée de liberté. Et puis, dans l'ouest sauvage, il fallait bien se défendre contre les amérindiens et les voleurs. En Europe, on a rien de tout ça dans les bases de nos nations et de nos cultures. Une histoire bien différente... »
En résumé, pour les américains, les armes, c'est la liberté de pouvoir se défendre et la fierté de posséder leur propre terre. La peur d'être attaqué, c'est au centre de la culture américaine. La sécurité est leur seconde préoccupation, si pas la première depuis le 11 septembre, la liberté passant parfois, voire souvent, au second plan. On l'observe à travers l'histoire. Être attaqué, pour eux, c'est marquant : Pearl Harbor, le 11 septembre. Les guerres sont toujours lancées pour "protéger la liberté américaine", et quand il n'y a pas de menace, on en invente : je veux parler de l'Iraq. Par ici, j'entends les gens me dirent que leurs soldats défendent l'Amérique... En Iran, en Afghanistan ? Quelle est la menace imminente ? Où sont les bases américaines sur la planète, qui attaque, qui se défend ? Que ça ne tourne pas au débat, mais toute les actions américaines ou presque sont basées sur la prévention et la sécurité, et même quand on attaque on ne fait que défendre ses acquis durement obtenus. Le peuple lui-même est maintenu par la peur, du terrorisme, surtout. Ronald Reagan lui-même, ancien président (républicain) a bien dit que «l'État n'est là que pour protéger les citoyens, pas pour régir leur vie». Une pensée bien républicaine, ultra-libérale, et américaine. Ce sont tant de divergences qui d'ailleurs rendent l'Europe si sociale et communautaire alors que les USA sont le pays le plus individualiste de la planète (classé 91 sur un indice de 100, par comparaison la France et la Belgique sont quelque part entre 60 et 70 si je me souviens bien).
Qu'on y voie pas un jugement de valeur, ce n'est que ce que j'ai pu apprendre, par AFS, ma famille d'accueil ou moi-même, et qui sait ce que j'approuve ou pas dans ce que j'écris comme autant de faits et observations.
Après avoir soupé, je viens de me rendre compte qu'au lieu de parler de ma journée j'ai fais une petite dissertation sur les armes aux États-Unis et la mentalité américaine en bref. Mentalité qui a du bon et du mauvais, je m'efforce de voir ça d'un oeil qui s'impose à ma situation : ouvert et objectif malgré ce que je sais et ce que je value, comme ils disent très exactement.
Ma journée, donc ! Le massacre de Newtown a secoué le pays, c'est certain. Un abruti a même sonné à l'église de la même ville en disant qu'il allait faire pareil pendant un office, Obama a enchaîné les déclarations et le débat s'enflamme. Au sein du comté du Sussex, où je vis, le district de Cap Henlopen (Cape Henlopen School District) a publié une circulaire émise par le super-intendant à destination des parents. Puisque mon appareil photo est à plat, je vais juste la recopier en traduisant, ça me fera un petit exercice :
« Le 17 décembre 2012
Cher parents/tuteurs,
La tragédie qui a frappé Newtown, CT ce vendredi nous a tous surpris et bouleversés. Nos pensées et nos prières vont à tous les élèves, familles et employés qui ont été directement touchés par cet acte de violence insensé.
Le district scolaire de Cap Henlopen continue de garder comme priorité absolue la sécurité de tous les élèves de ses établissements [le district couvre différentes écoles]. Durant ces dernières années, nous avons énormément amélioré la sûreté à l'école ainsi que nos mesures de sécurité, incluant le placement de caméras de surveillance, de moniteurs et de systèmes de contrôle d'accès.
Nous maintenons continuellement la sécurité de nos établissements et mettons à jour nos procédures d'urgence régulièrement. À la lumière des récents évènements, nous avons encore une fois revu nos plans avec nos équipes éducatives afin d'assurer la sûreté et le bien-être de tous nos étudiants et employés.
S'il vous plaît, sachez que nos écoles ont des travailleurs sociaux [service d'aide sociale], des conseillers et/ou des psychologues disponibles comme ressource pour l'aide à nos étudiants ou employés devant faire face à des problèmes reliés à des difficultés dans leur vie ou à des évènements tragiques étant difficiles à comprendre et/ou à gérer. Chaque bureau scolaire peut aider à arranger quelque support que ce soit pour vous et/ou votre enfant. Le site internet des Conseillers Éducatifs Américains [American School Counselors] de même bien des conseils pour les parents qui pourraient être utiles (www.schoolcounselor.org).
En tant que super-intendant du district scolaire de Cap Henlopen, de parents de quatre élèves inscrit dans ce même district et en tant que membre de notre communauté, je veux que nos étudiants puissent être aussi en sécurité que possible chaque et tous les jours. Je veux que vous sachiez que nous nous soucions de nos tous nos enfants comme s'ils étaient les nôtres.
Sincèrement,
[signature]
X
Super-intendant»
Dans la pratique, comme le super-intendant le dit dans sa lettre, on a eu droit à quelques petits exercices, cet après-midi. Ils en ont profité pour revoir la procédure d'alerte-incendie pour la troisième fois en quatre mois, d'ailleurs. Tout d'abord, Mr Walls, notre prof d'Histoire Européenne, nous a fait un petit speech sur la sécurité en classe qui a vite tourné à la blague, à son grand désarroi. C'est ce qui arrive quand on propose sérieusement de ramener une échelle dans la classe pour pouvoir s'échapper par les fenêtres situées au premier étage. Mais on a eu droit à des explications plus réalistes. Low Level, les étudiants et professeurs restent en classe et le cours se poursuit normalement. Quelques minutes après, à ma surprise, une annonce a été faite au haut-parleur de la classe (si si comme dans les films) disant que ce n'était qu'un exercice (il a bien précisé deux fois de peur qu'une panique s'empare des 1.400 élèves) mais que l'école passait en phase d'alerte de faible niveau et donnait les instructions : le cours se poursuit normalement mais les élèves ne restent pas dans les couloirs et doivent rentrer dans la classe la plus proche.
Après quelques minutes, l'exercice est passé en alerte élevée, c'est-à-dire que les portes devaient être verrouillées, les rideaux tirés (il y a des rideaux au portes), les lumières éteintes et les élèves réfugiés à terre dans le coin le moins accessible depuis la porte. Petite pause dans les ténèbres entre deux inventeurs anglais ça ne fait jamais de mal, surtout quand ils sont anglais et inventeurs. Pensant que tout était fini, nous avons regagné nos places pour quelques secondes avant que l'alarme anti-incendie cette fois se mette en marche, qu'on ne ferme les portes coupe-feu et qu'on descendent tous dans un joyeux brouhaha de l'étudiant qui n'a pas cours dans l'herbe fraîche de la cour extérieure. Il faisait bon, pour un mois de décembre, on se serait cru en octobre. Ça fait deux mois que je me sens en octobre, quand est-ce que l'hiver arrive ? Même en Pennsylvanie il ne va neiger qu'à partir de ce weekend ! Mais je m'égare. Un élève manquait à l'appel, mais puisque je ne l'aime pas je me suis fais un plaisir à montrer mon ironie. «Oh, x est mort ? Zut !». Lui-même étant un fervent adepte de la discipline militaire, le prof s'est fait un plaisir (et le mien) de lui rappeler que s'il voulait faire quelque chose à l'armée, il devait suivre des ordres simples (comme rester avec le groupe) et que c'était mal parti. Ce fut amusant.
En revenant à la maison, j'ai mangé une canne à sucre et j'ai dormi dans le bus avant de manger les délicieux spéculoos que ma chère et tendre maman m'a fait parvenir. Ce fut une bonne journée.
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