Nous nous sommes arrêtés à Dover pour souper, il était grand temps et j'avais grand faim. Fidèle à ma tradition de découverte de la culture américaine, j'ai commandé un hamburger. Pas de ceux qu'on trouve en Europe, non, un vrai hamburger, un repas complet avec frites et mayonnaise - même si j'ai du préciser que je voulais de la mayonnaise avec mes frites, bien sûr. Après ce long repas royal dans un bien agréable restaurant (grill), nous avons repris la route pour un trajet plus hasardeux encore que le précédent. Il s'agissait cette fois de quitter la grand route (déjà si faiblement aménagée) pour les petites routes menant vers la côte de la baie du Delaware.
Après avoir pris la route six vers l'est puis la route neuf vers le nord et patiné quelque peu sur la route blanche et pratiquement immaculée, nous sommes arrivés à notre destination : la Mallard Lodge, une maison d'éducation perdue au beau milieu de ce qui semblait être un parc naturel. Le réseau était faible, l'éclairage inexistant, l'environnement inquiétant. Les arbres morts autour de la maison lui donnait un air solitaire et sinistre, de même que le lac sombre et abyssal bordant le jardin paraissait être un gouffre de ténèbres dans lequel la maison toute entière, vieille et faiblement bâtie, semblait prête à sombrer. Au milieu de ce paysage triste et décoloré se trouvait néanmoins nos chers volontaires AFS, qui m'accueillaient chaleureusement pour le weekend d'orientation de mi-séjour.
Mary était une femme de la trentaine que j'avais déjà eu le plaisir de rencontrer lors de la précédente orientation et le lendemain même de mon arrivée sur le territoire américain. Souriante et enjouée, elle m'a tout de suite guidée au salon, une large pièce de bois et de brique où deux étudiantes d'échange déjà discutaient. L'une était Mai-Ann, une norvégienne d'origine vietnamienne, l'autre était Parima, une thaïlandaise timide. Dans un coin siégeait silencieusement un homme trapu et sombre semblant sortir d'un autre âge. À l'écart, il observait silencieusement la grande pièce alentour d'un oeil vif et perçant, contrastant avec sa stature immobile, trapue et ferme.
Après avoir déposé les affaires que je n'avais pas pu transporter moi-même, mes parents d'accueil et Ashe sont repartis sur les chemins colorés d'un blanc sombre et voilé. Ils ne savaient pas encore qu'ils ne reverraient pas leur foyer avec un bon bout de temps. De mon côté, je découvrais la sinistre maison faite de bois et d'animaux empaillés : poissons, cerfs et canards; les animaux fréquents dans la réserve. Le plus dérangeant d'entre eux était sans aucun doute le jeune cerf à la tête empaillée placée juste au-dessus de la cuvette des toilettes. C'est toujours difficile de se soulager sous le regard morbide d'un oeil de verre. La plus grosse blague de la soirée.
La maison était un peu sale par-ci par-là mais globalement elle était bien confortable, si ce n'est que les murs étaient fins, ce qui rendait certaines pièces glaciales, comme la chambre des filles, grande et placé à un angle. Autant dire qu'elle se sont bien couvertes, au grand dam de certain. Les chambres étaient austères mais de toute façon, ce n'est pas là qu'on a passé le plus clair de notre temps. Au fur et à mesure des heures qui suivirent, à cause des retards dus à la neige, tout le monde ou presque arriva. Ceux qui ne pouvaient pas venir sont arrivés le lendemain.
La soirée s'est passée lentement, tout le monde avait eu une grosse semaine. On a joué à Stadt-Land-Fluß, un jeu apparemment allemand qui consiste à trouver une ville, un pays et un fleuve (ou d'autres choses comme une personnalité, un plat ou un prénom) dont le nom commence par une lettre choisie au hasard. J'ai perdu. Je me suis rendu compte ce soir-là que j'ai un esprit plutôt lent, il faudrait que je m'entraîne un peu (trouvez-moi un fleuve commençant par Q aussi). Les grands vainqueurs ont été Gregor d'Allemagne et Erica d'Italie qui semblaient très vifs.
Le samedi s'est passé en deux groupes, c'était plus pratique. Les activités se sont passé en deux groupes divisés en vue de mélanger les gens, donc pas les deux belges ou finlandais dans le même. Les volontaires quant à eux étaient au nombre de quatre : il y avait d'abord Mary, qui semblait chapeauter le tout. Venant du Maryland, elle remplaçait Jeanine, en voyage en Finlande pour deux semaines et complétait Nancy qui s'occupait de l'autre groupe. Moins communs, deux autres volontaires étaient présents.
Il y avait d'abord Luis, un américain à l'histoire spéciale. Originaire du Costa Rica, il a séjourné un an au Missouri en tant qu'étudiant d'échange puis a complété son éducation dans son pays natal (et a fait du volontariat pour AFS, d'ailleurs) avant de revenir aux États-Unis, pour de bon cette fois. Il a déjà accueilli deux étudiants d'échange, dont un allemand qu'il a du renvoyer après l'avoir trouvé alcoolique et drogué un soir de fête. Ah, l'Allemagne, Heilige Land von Oktoberfest (allemand approximatif supposé dire Terre Sainte de l'Oktoberfest).
Le dernier volontaire était Bob, un amérindien à 100% cherokee qui, bien que taiseux et mystérieux, nous a un peu initié à la culture amérindienne, la "vraie culture américaine" comme l'a dit Mary. Vêtu normalement, il a revêtu sa tenue traditionnelle (authentique) pour nous expliquer et montrer quelques coutumes et idées amérindiennes. La religion, l'histoire et l'artisanat ont été abordés. C'était très très intéressant, et honnêtement, c'était la première fois que je rencontrais un amérindien en cinq mois sur leur sol ancestral. La soirée, on a même eu l'occasion de fabriquer un dreamcatcher, un attrapeur de rêves.
Oh, j'oublie de mentionner la balade dans la nature ! Glacial. L'étang derrière la maison était complètement gelé, de même que les eaux du marais. je me demande se sont réfugiés les poissons... Heureusement j'avais mes gants, mon écharpes et mon gros manteau. Après avoir piqué l'appareil photo de Neea (Finlande), j'ai même pu mitrailler à tout va alors que tout le monde s’emmitouflait le plus possible. Elle doit toujours m'envoyez la centaine de photos que j'ai pris sur les deux jours... J'en mettrai quelques unes dans cet article dès que je les aurai, et le reste ira sur facebook ! Y compris cette qui montre les débris d'une porte de douche qui s'est cassée alors que personne n'était dans la maison... Quand je disais que la maison était le décor parfait pour un film d'horreur !
Et donc pour finir, après avoir veillé jusque 3h du matin, on a finalement été dormir, pour se lever le lendemain vers 8h, sachant que les parents venaient nous reprendre vers 10h30.
PS: la maison se trouve à 39.332341,-75.525753, cherchez dans Google Maps.
PS: la maison se trouve à 39.332341,-75.525753, cherchez dans Google Maps.
| Nina (Bel.), Eetu (Fin.) et Francisco (Port.) |
| Nina (Bel.), Stephanie et Stephanie (CH) |
| Gregor (All.) présentant son pays |
| Paloma (Esp.) et Neea (Fin.) |
| Taka (Jap.), Neea (Fin.), Paloma (Esp.), Mai-Ann (Norv.) et Nina (Bel.) |
