lundi 27 août 2012

L'avion

Ça faisait longtemps que je n'avais plus pris l'avion, et à vrai dire j'étais terriblement excité à l'idée de traverser l'atlantique dix mille mètres au-dessus des vagues. La dernière fois que j'avais pris l'avion, c'était pour un voyage de vacances en Bulgarie, dans un avion de taille moyenne, avec mes parents, alors que j'étais enfant. Là, je voyageais seul, et pour un long moment. Il a donc fallu que je fasse travailler mes méninges pour comprendre comment on embarquait, comment on trouvait ses places. Je me présentai donc à l'embarquement sans savoir qu'il y avait, sur le ticket, une notice Boarding group. Je suis donc allègrement passé avant les autres sans même m'en rendre compte. Un vieil homme bien sympa pris mon ticket et me demandé "Nederlands, english, français ?" pour me souhaiter bon vol dans ma langue. J'avançai vers l'embarquement comme un mouton jusqu'à ce que j'arrive à la porte de l'avion. Je montrai mon ticket à une hôtesse afro-américaine tout en me cognant la tête comme un parfait grand con que je suis sur le montant de la porte. "Are you ok, boy ?" Je me dirigeai vers le fond en cherchant les numéros des places en essayant d'avoir l'air le moins paumé possible. J'arrivai donc vers la fin en me demandant si j'avais pas raté quelque chose, mais c'est avec joie que je découvrit, qu'en fait, j'étais simplement dans la dernière rangée, tout au fond à droite dans le sens de la marche (ou du vol). 45K, in a United Airlines flight to Washington Dulles International Airport, 50 ans d'existence.

L'avion était à dominante bleue, au diapason de le couleur de la compagnie. Même si j'étais dans l'economy class, c'était pas mal. Pour des vols longs et chers ils ont plutôt intérêt à pas se foutre de la gueule du con-sommateur. Du coup j'avais tout juste assez de place pour mes jambes (au lieu de pas assez), un écran en face de moi pour passer le temps avec des subtilités audiovisuelles, un coussin pour ma nuque et une couverture pour le froid des hautes altitudes. Surtout, comme me le dit la dame d'à côté, quand on est comme moi près du hublot. Immédiatement le commandant de bord pris la parole pour nous souhaiter la bienvenue dans un américain rapide et mâché. La traduction française était tellement mauvaise que j'avais du mal à comprendre (couplé à l'accent afro ça ne donnait rien de compréhensible). Heureusement, j'avais à coté de moi une dame qui me fit l'explication rapide : une hôtesse allait prendre sa retraite (je compris après laquelle était-ce à son visage ridé), c'était son dernier vol. Petits applaudissements. En fait, cette dame était vraiment très sympa. Je ne sais pas son nom, mais pendant les huit heures de trajet on a eu plusieurs occasions pour discuter, elle et moi. Elle était décidément très polie, daignant se lever avec le sourire pour me laisser mettre mon sac (après maintes hésitations) dans le porte-bagage et aller aux toilettes (deux fois). C'était une universitaire, professeur et chercheuse à Cleveland dans l'Ohio. Elle venait de Bruges où elle avait assisté à un genre de séminaire dans son domaine, physiologie, biologie, trucs comme ça. Chose frappante, au décollage elle semblait étonnée de voir une centrale nucléaire en Belgique.

Le port de Zeebrugge, soit 10 minutes après Bruxelles.


L'attente du décollage était en fait plus stressante que le décollage lui-même. La sensation jouissive de voler. Bon, peut-être pas comme si c'était exactement de notre fait mais en tout cas de quitter le sol et de survoler le monde. J'ai toujours voulu voir en vrai, moi qui suis fan de géographie et de photographie, ce que je voyais sur Internet. C'était vraiment génial de voir s'éloigner la Belgique après seulement dix minutes et d'arriver en Angleterre. À ce sujet, j'ai voulu frimer en prenant une photo du GPS alors que nous survolions la banlieue de Londres, haha. Et puis l'Atlantique. Le vide. C'est un sentiment étrange quand on prend le temps d'y penser. T'es au dessus d'une immense étendue d'eau et tu voles, loin de tout. Il peut arriver n'importe quoi durant le vol, les gens, sur terre en tout cas, ne peuvent rien y faire. Seulement repêcher ton cadavre. Mmh, belle vision, cadavre flottant. J'étais content de voir Terre-Neuve et les nuages du Canada, ses rivières, lacs et villes bien carrées, à l'américaine. Mon passe-temps favoris était de repérer par le hublot les villes que je voyais sur le GPS. J'ai ainsi photographié Sept-Îles, Matane, Québec et Montpelier, VT. Il faisait beau, heureusement. Dommage que mon hublot était sale, j'ai d'ailleurs galéré pour faire les mises au point sur les paysages et non pas sur les saletés. À 36.000 miles d'altitude, il faisait froid. Putain qu'il faisait froid ! Je compris tout le sens de la couverture qu'on m'avait donné. La nourriture par ailleurs était pas mal : y'avait des trucs chauds et froids, qui m'ont tous surpris par leur bon goût (relatif). J'ai mangé du poulet avec patates et carottes. Ce délicieux repas de la taille de la moitié de ma main était accompagné de sortes de bretzels et d'une salade à la vinaigrette. Et un brownie.

À l'arrivée j'étais complètement perdu. J'étais crevé, ces gens me disaient qu'il était 14h alors qu'il était en fait 20, j'avais un vol deux heures plus tard, je comprenait le quart de ce qu'on me disait, je savais pas quoi faire aux contrôles d'identité et aux passages sous des trucs en fer. Le truc chiant était de pratiquement vider son sac, d'enlever sa ceinture, ses chaussures, tout ça. J'ai l'air d'un terroriste ? Généralement y ont une barbe. Et puis, tout était vraiment différent. Le sol, les murs, la carpette, même l'air était différent. Une autre odeur, d'autres restaurants, et puis, carrément un train interne à l'aéroport. Déjà j'avais peur pour mes bagages, j'étais pas sûr qu'il allaient directement à JFK, je me demandais si je devais pas les prendre quelque part, j'avais peur de les avoir perdu. Pendant une heure j'ai sillonné cette ville pour finalement trouver les informations dans le hall. J'ai gentiment demandé à la dame si je devais m'occuper de mes affaires pour qu'elle me montre très gentiment qu'il était indiqué sur mon ticket qu'ils étaient directement envoyés à JFK. Parce que bon, ça peu sembler con, mais j'ai du les reprendre et les re-rendre, mes affaires. "Re-check", je me demandais si c'était pas un autre contrôle et que je devais les reprendre à la fin m'voyez. Donc après j'ai, toujours gentiment, posé mes fesses sur un siège en cuir et j'ai consulté mon Facebook. Ça m'a remonté le moral (j'étais crevé) de parler avec Gaëlle, Clara, maman. De frimer en postant "Waiting for second flight to JFK. at : Washington Dulles International Airport", de savourer les commentaires d'une fille qui me jalousait. Oui, c'est mal.

D'ailleurs, j'ai bien été puni. Si je n'avais pas été sur Facebook peut-être n'aurais-je pas raté mon second vol. Je prenais mon temps, passant les contrôles calmement en me disant même qu'en fait, faut s'y habituer et ça devient presque agréable, l'inconnu, le genre de situation dans laquelle j'étais. Le nouveau, m'voyez. Eh ben, je suis arrivé trop tard pour me second vol. Pour ma défense, le ticket était pas clair. "Gate : A3A". Je vais donc au gate A3, et là, y'a juste door 1 ou 2. J'attends que le type qui appelle les passagers parle de JFK, il ne le fait pas. J'attends dix minutes, il ne le fait toujours pas. Je vais près de lui en lui montrait mon ticket :"What about this flight ?" - "New York is gate 5 !". Ah. Merci de le notifier surtout. Je cours vers le gate A5, et là un gentil monsieur de 2m40 me prie gentiment d'aller au customer service because je suis too late. UNE HEURE d'attente au putain de customer service de United Airlines. En moyenne 25 minutes par client. Mais j'ai pas craqué. J'ai discuté avec un Indien, on s'est plus quittés de la soirée, on avait le même problème et, finalement, nous avons trouvé la même solution. Il venait de New Delhi, je crois. Il avait un accent à couper au couteau, pire que moi je crois. J'ai compris qu'il avait un cousin qui travaillait pour British Telecom à Bruxelles, et qu'il avait transité par là, de Paris à Bruxelles. Après une heure d'attente donc, un type est venu nous chercher. Je sais pas comment il nous a reconnu, mais il nous a reconnu. Il nous a conduit à un guichet et nous a réimprimé des tickets pour le second vol. Entretemps j'avais appelé un responsable AFS qui me comprenait à moitié (et vice-versa), tellement j'étais crevé. Il devait être genre 00h30 heure belge et je m'étais levé à 6h du mat. Le type était aussi agréable qu'une porte de prison. "J'ai raté mon vol ?" (je croyais encore qu'il avait été reporté) - "Mmh." - "Qu'est ce que je peux faire ?" - "Attendre". Sans me regarder et en tapant un SMS à sa copine avant de me prendre en charge derrière son putain de guichet.

Finalement, il me délivra un ticket pour le vol suivant, en last minute. Soit trois heures plus tard... à 9h, soit 3h du mat. HORRIBLE. Ça faisait arriver à 5h du mat à JFK (je compte en heures belges car ce sont elles qui importaient pour ma fatigue). Je pris donc mon mal en patience en stressant comme un malade pour mes affaires qui étaient déjà à JFK depuis un petit temps déjà. Et vous n'imaginez pas l'énergie que ça demande, le stress. Je remuait mes méninges à la recherche d'une solution. J'avais pas de GSM, donc le type d'AFS pouvait même pas me rappeler. J'avais déjà du en emprunter un pour lui sonner la première fois. Du coup j'en ai demandé un autre à un vieille dame aux ongles manucurés et aux manières étranges, genre un stéréotype de la femme mondaine mais en faux, m'voyez. Écharpe rose, fausse robe de soirée, ongles de 10cm... "Have you got a phone" - "Yes." - "Can I use it ?" - "For sure." Tout ça en ayant l'air de s'en foutre. Mais elle me laissa essayer plusieurs fois, car en effet, ça ne marchait pas. Je tombais sur un répondeur et une femme qui s'obstinait à vouloir un message alors que j'avais pas de téléphone sur lequel me rappeler. En fait, c'est seulement après avoir dormi 20 minutes que je me suis rendu compte que j'avais qu'à refiler toutes les informations à cette conasse du répondeur et qu'elle se démerde pour qu'on vienne me rechercher à JFK à 11h15pm (oui ça semble agressif mais après avoir stressé, désespéré, tu te reprends une volonté de combat. Soudainement, je me suis retrouvé une vitalité, un espoir de sortir de ce merdier avec mes affaires et je me suis mis à parler anglais, faculté que j'avais perdue à un moment. J'ai donc emprunté un autre téléphone (à un type patibulaire qui ressemblait à un tueur en série) et j'ai téléphoné à AFS pour préciser clairement le vol et l'heure d'arrivée. Une fois rassuré, je pu enfin m'asseoir et boire mon café Starbuck pour faire genre.



Finalement, j'ai embarqué à bord du vol de 9h, avec un couple de Français et l'Indien dans la même situation que moi. C'était un petit avion de vol intérieur, j'étais serré, toujours à la dernière place, contre une grosse femme et son bébé, qui me regardait comme si j'étais un alien. Il faut dire que je devais avoir une tête de déterré. Je pense d'ailleurs que je me suis évanoui une fois assis, car je ne me souviens pas du décollage, ni du trajet. Je me souviens juste m'être redressé d'un coup peu de temps avant d'atterrir. À partir de ce moment c'est plus clair, en gros je suis descendu de l'avion, je suis arrivé à l'endroit de réception des bagages et j'ai trouvé, là comme une fleur, au milieu de la salle de réception. Je le prend, sors, rencontre les volontaires AFS de New York : Joseph et une autre fille. On sort, on attend une voiture avec plein de place derrière (jamais vu une voiture aussi grande !) et on file à l'hôtel Hilton. Dernier problème : j'arrive pas à ouvrir la porte de ma chambre. Je dois frapper fort et réveiller l'Italien qui la partage avec moi pour entrer. Douche, dodo, fini ! Il était quelque chose comme 6h du mat, soit minuit heure américaine.

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